L’autonomie stratégique européenne passe par la transition énergétique
Avant même le déclenchement de la guerre en Iran, la question du coût de l’énergie et de la compétitivité de l’industrie européenne était au coeur des discussions de l’exécutif européen. Les récents événements n’ont fait que renforcer l’urgence d’avancer sur ces points et les discussions du Conseil européen des 19-20 mars derniers ont donné quelques pistes pour les prochains mois.
Publié le 13 avril 2026

Une Europe, un marché
Présenté comme un plan d’actions à horizon 2027 pour renforcer l’autonomie stratégique et la résilience européennes, il vise à la fois à approfondir le marché unique et à simplifier les procédures administratives pour les entreprises et les particuliers. Dans les pistes concrètes envisagées, revient la création du 28ème régime pour les entreprises européennes qui leur permettrait d’exercer leurs activités dans tous les États membres, sur le modèle de ce qui a été fait sur le brevet unique. La déclaration électronique pour les prestations de services transfrontières et l’identité numérique pour les entreprises sont également avancées. Enfin, les règles de concurrence pourraient être revues pour favoriser l’émergence de champions européens.
Sur le volet simplification, le Conseil demande aux législateurs européens de privilégier autant que possible, les règlements sur les directives, ce qui éviterait des transpositions longues et pas forcément homogènes entre pays. Par ailleurs, après les textes de simplification portant sur la réglementation environnementale, un nouveau paquet de simplification Omnibus sur l’IA1 est prévu d’ici juillet 2026.
Une réforme mais pas de suspension du marché du carbone
L’accélération du chemin de réduction des émissions de CO2 décidé pour l’Union européenne pour les prochaines années s’accompagne d’une réduction du plafond d’émissions de gaz à effet de serre pour les entreprises (-62% entre 2005 et 2030 pour les entreprises soumises au marché européen du carbone). Cela a provoqué une forte hausse du cours des quotas carbone qui a évolué entre 80-100€/tonne à la fin 2025 et au début 2026.
Par ailleurs, les quotas gratuits attribués à certains secteurs industriels doivent être supprimés progressivement entre 2026 et 2034 au fur et à mesure que la taxe carbone aux frontières (CBAM2) va entrer en vigueur.
En juillet 2025, 10 pays dont la France avaient demandé d’ajuster le marché du carbone européen pour les industries intensives en énergie. Plus récemment, une déclaration commune de 13 pays souligne que la « décarbonation ne doit pas se faire au prix de la désindustrialisation » et souhaite une réforme du marché. Cependant, les positions sur le niveau de réforme souhaité sont loin d’être alignées. A la suite du déclenchement de la guerre en Iran, l’Italie est allée plus loin et a demandé la suspension du marché du carbone.
Lors du Conseil européen des 19 et 20 mars, les gouvernements européens ont finalement demandé officiellement à la Commission européenne de proposer des pistes de réforme du marché du carbone européen d’ici juillet prochain « afin de réduire la volatilité du prix du carbone et d’atténuer son impact sur les prix de l’électricité. »
La Commission a refusé récemment les demandes de suspension de la taxation carbone sur les producteurs d’engrais au motif que le mécanisme ETS3 devait rester prévisible pour les producteurs. Mais elle a annoncé fin mars qu’elle allait revoir le fonctionnement de la réserve de stabilité du marché qui vise à réduire la volatilité des cours du carbone (principe de mise en réserve des quotas non vendus dans l’année avec un cap sur le montant global de la réserve). Une réforme plus complète est prévue pour l’été et devrait porter sur le timing de la fin des allocations gratuites de quotas, la réserve de stabilité du marché et les extensions sectorielles (transports et bâtiments dans ETS3). Ce 2ème marché du carbone dont la mise en place avait déjà été reportée de 2027 à 2028 pourrait l’être à nouveau.
Les prix des quotas de carbone européens ont évolué au gré des annonces de réforme : ils ont ainsi touché un point bas à 62€ la tonne le 19 mars au plus fort des attaques contre le mécanisme européen puis ils ont rebondi post Conseil européen pour revenir au-dessus des 70€/tonne.

La transition énergétique est la stratégie la plus efficace pour l’autonomie stratégique de l’UE
Le Conseil a rappelé que l’accélération du déploiement des énergies à faibles émissions et le développement des capacités de stockage étaient les réponses structurelles les plus efficaces à la dépendance européenne aux importations d’énergie.
Le déficit énergétique de la zone euro a atteint 265 Mds € en 2025 mais la crise de 2022 avait provoqué un bond du déficit énergétique qui avait culminé à près de 600 Mds €. Depuis 2020, l’Union européenne a fortement augmenté la part des énergies renouvelables dans son mix électrique passant de 43% à près de 51% en 2025. Elle a également opéré un changement complet d’approche sur le nucléaire qui apparait désormais comme une technologie à développer.
A court terme, la forte hausse des prix de l’énergie appelle une réponse mais à la différence du « quoiqu’il en coûte » adopté en 2020-2022, les mesures gouvernementales des différents États membres ont été beaucoup plus ciblées et limitées en montant. Seule l’Espagne, qui dispose de marges budgétaires un peu plus importantes que ses voisins, a dérogé à la modération en annonçant pour près de 5 Mds € de baisses de taxes. L’Europe propose également une coordination des achats de GNL4 avant l’hiver avec les principaux acheteurs internationaux, Japon et Corée.

Des mesures de soutien limitées

La crise de 2022 a amené des changements structurels en Europe notamment dans les politiques énergétiques et de défense et la crise actuelle vient conforter les choix d’investissement déjà enclenchés et la nécessité d’aller plus loin. La question de la compétitivité de l’industrie européenne, mise en avant par le rapport Draghi, fait l’objet d’un large consensus mais les avancées sur ce point sont plus complexes à réaliser et elle devrait rester durablement à l’agenda européen.
1. IA : Intelligence Artificielle.
2. Dispositif européen CBAM : Carbon Border Adjustment Mechanism : mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.
3. ETS : Emissions Trading System, système européen d'échange de quotas d'émission.
4. GNL : gaz naturel liquéfié