Défis environnementaux

L’adaptation, un enjeu du changement climatique longtemps négligé

Le GIEC1 définit l'adaptation au changement climatique comme « la démarche d'ajustement au climat actuel ou à venir, ainsi qu’à ses conséquences ». Alors que les chocs climatiques sont déjà présents mais inégalement répartis sur la planète, les politiques d’adaptation au changement climatique se développent à travers le monde. Elles restent encore loin des besoins existants, d’autant plus que ceux-ci vont continuer d'augmenter au fur et à mesure que les impacts du réchauffement climatique vont se faire sentir. Nous revenons dans ce court article sur les enjeux de l’adaptation au changement climatique.

Publié le 02 juin 2026

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Juliette Cohen 
Stratégiste - CPRAM

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L’adaptation, un complément désormais indispensable à l’atténuation

Le réchauffement climatique a d’ores et déjà augmenté la fréquence et l’intensité des événements climatiques extrêmes : vagues de chaleurs, incendies, inondations, sécheresse … En effet, les événements extrêmes liés au climat ont coûté au niveau mondial 215 Mds $ par an en moyenne entre 2005 et 2024 selon EM-DAT2, et ce chiffre pourrait passer à un montant compris entre 1 700 et 3 100 Mds $ par an d’ici 2050 en fonction des scénarios de réchauffement qui seront suivis selon le Rapport sur le coût économique du changement climatique de l’Institute and Faculty of Actuaries & University of Exeter (2024).

Si les politiques d’atténuation du réchauffement climatique doivent rester une priorité, l’adaptation est également indispensable pour aider les populations et les états à réduire leur vulnérabilité, c’est-à-dire à préparer et à réduire les effets négatifs du changement climatique.

L’adaptation regroupe à la fois des activités qui visent à se préparer et prévenir les risques physiques liés au climat, les réponses au risque physique et la capacité à reconstruire après un dommage en améliorant la résilience. Elle se distingue ainsi de la gestion des pertes et dommages puisqu’elle vise à construire de la résilience et aller au-delà de la couverture des pertes après la survenue de dommages. Pour être efficace, elle ne doit pas être qu’une réaction à un choc mais une approche anticipative et construite dans le long terme.

Le Centre mondial pour l’adaptation (Global Center on Adaptation, GCA) estime que 3 champs d’actions sont prioritaires : la sécurité alimentaire, les infrastructures et la gestion de l’eau, ce qui inclut à la fois l’approvisionnement en eau et la gestion des inondations et des sécheresses.

L’adaptation est à la fois collective et individuelle et peut prendre de nombreuses formes au-delà du financement direct des infrastructures par l’État puisque le secteur privé doit également s’adapter à cette nouvelle donne.

Les COP et les objectifs sur l’adaptation

Si la thématique de l’adaptation au changement climatique a émergé dès le début des années 2000, c’est la COP 21 qui a reconnu l’adaptation comme un enjeu fondamental dans la lutte contre le changement climatique en lui consacrant l’article 7 de l’Accord de Paris. Elle a lancé « l’Objectif mondial d’adaptation » afin de « renforcer les capacités d'adaptation, accroître la résilience aux changements climatiques et réduire la vulnérabilité à ces changements, en vue de contribuer au développement durable et de garantir une riposte adéquate en matière d'adaptation ».

La COP 26 (2021) a lancé un programme de travail pour concrétiser cet objectif, ce qui a abouti en 2023 à la définition des cibles thématiques pour l’adaptation au changement climatique et la résilience. Sept cibles thématiques ont été retenues : l’agriculture, la santé, l’eau, les infrastructures, les écosystèmes, la pauvreté et les moyens de subsistance, et le patrimoine culturel. A la COP de Belem en 2025, une liste de 59 indicateurs a été associée à ces cibles thématiques.

Cependant, cette liste d’indicateurs est encore loin d’être figée car mesurer et se fixer des cibles d’adaptation pose de nombreux défis méthodologiques : pertinence des indicateurs retenus, comparaisons entre pays, manque de données sous-jacentes fiables, difficulté à mesurer les progrès, difficulté à intégrer des éléments qualitatifs…

Un gap de financement considérable

L’adaptation ne représente que 10% des financements dédiés au climat, qui ont surtout privilégié les politiques d’atténuation. Elle fait donc face à un déficit de financement important qui ne cesse de progresser.

Celui-ci est évalué entre 284 et 339 Mds $ par an jusqu’en 2035 selon l’Adaptation Gap Report 2025 du Programme des Nations unies pour l’environnement, à comparer à des flux financiers qui s’élèvent actuellement à 30 Mds $. Pour le secteur privé, qui est également partie prenante de la mise en œuvre des stratégies d’adaptation, ses investissements devraient progresser de 5 Mds$/an actuellement à 50 Mds $/an pour contribuer à réduire le gap.

A la COP 30, l’objectif de triplement du financement de l’adaptation au changement climatique d’ici 2035 a été adopté mais cela ne suffira pas à combler l’intégralité du gap, puisqu’il aurait fallu le multiplier par 12 pour y arriver. La question du financement est un enjeu majeur pour les pays les plus vulnérables, qui font déjà face aux effets néfastes du changement climatique et souhaitent un renforcement de l’aide immédiate.

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La mise en oeuvre de l’adaptation

L’adaptation se pense au niveau local puisqu’elle est contextuelle mais les COP assurent une base commune d’appréhension du sujet et des critères communs pour mesurer les progrès réalisés dans ce domaine. Elles permettent également le partage d’expériences, la coopération entre pays et une vision complète du sujet à partir de réalités locales souvent partielles.

La planification est essentielle dans ce domaine et les Etats jouent un rôle de pilotage stratégique entre les différentes parties prenantes. Les solutions déployées sont d’autant plus efficaces qu’elles sont multisectorielles et qu’elles sont planifiées sur le long terme. Le secteur public porte ainsi les ¾ des efforts d’investissement pour l’adaptation.

Au total, 172 pays sur 197 dans le monde disposent d'un plan, d'une stratégie ou d'une politique nationale d'adaptation. L’Union européenne a adopté sa première stratégie d’adaptation en 2013 et l’a mise à jour en 2021.

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Sources : CPRAM – IPCC (Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability, Working Group II Contribution to the Sixth Assessment Report)

Deux leviers peuvent être mis en oeuvre pour construire de la résilience : la protection des actifs existants et les solutions permettant à d’autres acteurs de s’adapter. Les avancées technologiques contribuent à faire émerger de nouvelles solutions. L’adaptation regroupe donc un ensemble d’activités très large : systèmes d’information climat, systèmes d’alertes précoces, prévention des inondations et irrigation, agriculture régénérative, technologies de refroidissement, résilience des réseaux, micro-réseaux, système d’efficacité énergétique et de gestion de l’eau, construction, assurance, santé… Les spécialistes du climat alertent sur le risque de « mal- adaptation » qui consisterait à prendre des actions qui augmentent la vulnérabilité au changement climatique au lieu de la réduire. Ils citent en exemple le recours à la climatisation sans investissement dans l’isolation ou bien les erreurs de calibrage, comme la construction d’une digue qui ne serait pas assez haute et qui ne permettrait pas de remplir pleinement son rôle en cas d’inondations importantes.

Un relatif consensus sur la nécessité de l’adaptation

Selon l’enquête sur le climat de la BEI3, 50% des personnes interrogées estiment que l’adaptation au changement climatique est une priorité pour leur pays et cette part passe à 65% dans le sud de l’Europe qui se réchauffe plus vite.

Aux États-Unis, une étude du Journal of Environmental Psychology montre un soutien global à l’adaptation au changement climatique, les Républicains exprimant un soutien plus marqué à l'adaptation qu'à l'atténuation à l’inverse de ce qui est relevé pour les démocrates.

L’adaptation au changement climatique apparait de plus en plus comme une nécessité avec la hausse des températures et de la fréquence des événements climatiques et un complément indispensable aux politiques d’atténuation. Les avancées dans la compréhension des enjeux ont été importantes ces dernières années et le sujet fait l’objet d’un relatif consensus, mais la question des financements associés reste quasi-entière. En effet, les investissements dans le domaine ne représentent que 10% des besoins recensés et ils doivent donc accélérer pour être à la hauteur des enjeux.

1- Intergovernmental Panel on Climate Change (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat)
2- Rapport 2025 Catastrophes en chiffres : Terre, Vent et Feu
3- Banque Européenne d’Investissement, Enquête annuelle sur le climat, novembre 2024.

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