Métaux et Minerais : Une nouvelle arme pour l’hégémonie mondiale
A l’heure où la transition énergétique et la révolution numérique bouleversent les équilibres économiques et géopolitiques, une nouvelle bataille s’engage : celle de l’accès aux ressources stratégiques. Cuivre, argent, lithium, terres rares… longtemps relégués au rang de simples matières premières, ces métaux sont désormais au cœur des enjeux de puissance. Leur maîtrise conditionne la capacité des États à innover, à sécuriser leur approvisionnement énergétique, à défendre leur souveraineté et à peser sur la scène internationale. Dans ce contexte, la course aux ressources s’impose comme le nouveau terrain d’affrontement entre les grandes puissances, redéfinissant les rapports de force.
Publié le 12 mai 2026

Les ressources, socle des transitions technologiques et énergétiques
La transformation de nos sociétés vers un modèle bas-carbone et digitalisé repose sur une demande exponentielle de métaux stratégiques. Le cuivre irrigue réseaux électriques, véhicules électriques, infrastructures numériques et énergies renouvelables. L’argent est incontournable dans les panneaux photovoltaïques, tandis que lithium, cobalt et nickel sont au cœur de la révolution des batteries et du stockage d’énergie.
Selon l’Agence internationale de l’énergie1, la demande mondiale de lithium pourrait être multipliée par plus de 4 d’ici 2040, celle de graphite par 2 à 3. La demande mondiale de cuivre devrait augmenter fortement de plus de 68% d’ici 20351.
Cette dépendance croissante expose les économies à des tensions inédites : incidents géopolitiques, accidents miniers ou décisions politiques peuvent provoquer des chocs sur les marchés, entraînant volatilité des prix et ruptures d’approvisionnement. Sécuriser l’accès à ces ressources devient un enjeu de compétitivité industrielle et, de sécurité nationale et donc de souveraineté.
Maîtriser les ressources : un impératif de souveraineté
La pandémie Covid-19, les conflits récents et les tensions commerciales ont révélé la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales. La concentration de la production et du raffinage de nombreux métaux critiques dans quelques pays, notamment la Chine, accentue les risques de dépendance.
A ce jeu, la Chine a pris une sérieuse avance2 et a mis en place une stratégie d’intégration totale (mines, fonderies et commerce) sur le cuivre. Elle a investi dans des mines à l’étranger (RDC, Zambie, indonésie…) pour devenir le premier importateur de matière brut et contrôle fonderie maintenant 45% du cuivre raffiné dans le monde.
Elle a transformé l’équilibre géopolitique de ce métal stratégique en bâtissant une domination grâce à un investissement massif dans des fonderies modernes lui permettant d’absorber la forte demande de raffinage avec une main-d’œuvre compétitive et des normes environnementales accommodantes.
Face à cette vulnérabilité, les grandes puissances se réveillent et multiplient les stratégies : relocalisation du raffinage, diversification des sources de production, constitution de stocks stratégiques, développement du recyclage. Les États-Unis ont ainsi lancé l’Inflation Reduction Act3 (369 Mds $ pour l’énergie/climat) et le CHIPS Act3 (52 Mds $ pour les semi-conducteurs) et investi 675 M$ dans la production de minéraux critiques en 2022 (US Department of Energy, 2022). L’Europe, en retard sur le sujet, importe 98% de ses terres rares de Chine. Elle a lancé le Critical Raw Materials Act3 en 2023 visant à atteindre d’ici 2030 à satisfaire :
- au moins 10 % des besoins annuelles de l’UE via l’extraction,
- au moins 40 % de la consommation annuelle de l’UE par la transformation,
- au moins 25 % de la consommation annuelle de l’UE par le recyclage.
L’or et les métaux précieux : piliers de la résilience et de la diversification
Parmi les métaux, l’or occupe une place à part dans la stratégie des États et des investisseurs. Considéré comme la valeur refuge par excellence, il attire massivement les banques centrales en particulier en période d’incertitude. En 2025, les banques centrales ont acheté environ 860 tonnes d’or, selon le World Gold Council, après avoir acheté plus de 1000 tonnes par an les 3 années précédentes (2022-2024)4. La Chine, la Turquie, l’Inde et la Pologne figuraient parmi les plus gros acheteurs, cherchant à diversifier leurs réserves et à réduire leur dépendance au dollar américain. Cette demande des banques centrales, même si elle a ralenti ces derniers mois, continue et notamment du côté des pays émergents.
Cette ruée vers l’or s’explique par plusieurs facteurs :
Tensions géopolitiques (guerre en Ukraine, conflit au Moyen-Orient, pressions sur le Venezuela, Groenland…) qui renforcent l’attrait pour les actifs tangibles et sûrs.
Inquiétudes économiques autour de la dette publique des grandes puissances et du risque de dévaluation monétaire qui pourrait s’en suivre.
Dé-dollarisation de l’économie mondiale, et faiblesse du dollar liée à la politique de D. Trump.
Dans les portefeuilles institutionnels, l’or retrouve ainsi toute sa pertinence : sa corrélation faible, voire négative, avec les autres classes d’actifs en fait un outil de diversification incontournable, notamment dans un environnement marqué par l’incertitude et la montée des risques géopolitiques.
Ressources stratégiques : levier d’hégémonie, tensions et alliances dans le nouvel ordre mondial
La domination sur les chaînes de valeur des métaux stratégiques confère un pouvoir inédit, générant à la fois tensions et alliances à l’échelle internationale.
En 2024, la Chine contrôlait environ 70 % de la production mondiale de terres rares et près de 85 % de la capacité mondiale de raffinage5.
Par le passé, elle a utilisé ce levier à plusieurs reprises :
En 2010, elle a temporairement suspendu ses exportations de terres rares vers le Japon lors d’un différend diplomatique, provoquant une flambée des prix mondiaux.
En 2023, la Chine a imposé des restrictions à l’exportation sur le gallium et le germanium, deux métaux essentiels pour l’électronique et la défense, entraînant une hausse des prix de 20 % en quelques semaines6.
Ces décisions illustrent comment la maîtrise des ressources peut devenir une arme géopolitique, utilisée pour faire pression et négocier sur la scène internationale.
Face à cette « arsenalisation » des ressources, les États-Unis et l’Europe réagissent :
- Les États-Unis ont classé 50 minéraux comme « critiques » et investi 675 millions de dollars en 2022 dans la production et le raffinage sur le territoire national (US Department of Energy, 2022). Ils multiplient les partenariats avec le Canada, l’Australie et l’Amérique latine pour sécuriser leur approvisionnement.
- L’Europe a lancé le Critical Raw Materials Act en 2023 et cherche à diversifier ses sources, notamment en Afrique et en Amérique du Sud.
Cette compétition mondiale génère des tensions :
- Risque de fragmentation des marchés : chaque restriction ou embargo peut désorganiser les chaînes d’approvisionnement mondiales.
- Course aux alliances stratégiques : multiplication des accords bilatéraux, investissements croisés et constitution de stocks stratégiques.
- Pression sur les pays producteurs : ces derniers deviennent des terrains de rivalité entre grandes puissances, qui cherchent à sécuriser l’accès aux ressources par des investissements, des aides au développement ou des accords commerciaux.
Une position dominante permet d’imposer des contrôles à l’exportation pour obtenir un avantage géopolitique. La Chine a ainsi introduit des règles complexes en exigeant des informations détaillées sur l’usage finale des matériaux par les entreprises étrangères permettant ainsi au gouvernement d’avoir une vision sur les besoins industriels et stratégiques des autres pays. Dernièrement, elle a suspendu certaines exportations vers les USA en représailles aux restrictions américaines sur les semi-conducteurs (interdiction d’exporter notamment des puces HBM critiques pour l’IA, des outils de fabrications de puces…)
Dans ce contexte, la maîtrise des ressources stratégiques devient la clé de l’indépendance, de la résilience et de l’hégémonie dans ce nouvel ordre mondial. Les États capables d’anticiper, de sécuriser et de valoriser ces ressources seront les véritables gagnants de la prochaine décennie.
Finalement que retenir ?
Les métaux et minerais stratégiques ne sont plus de simples matières premières : ils sont devenus le socle matériel des grandes transitions du XXIe siècle. Leur maîtrise va certainement conditionner l’indépendance, la sécurité et la puissance des nations. Dans un monde fragmenté, marqué par la rivalité des puissances et la montée des risques, la course aux ressources vise à s’imposer comme le nouveau champ de bataille de l’hégémonie internationale.
Au-delà de ces éléments, l’environnement actuel pour l’or et les ressources naturelles reste influencé par l’évolution du sentiment des marchés et la remontée des taux d’intérêt, tandis que les inquiétudes autour de l’inflation persistent. Les sociétés minières devraient quant à elles continuer à maintenir une certaine résilience et à afficher des marges encore solides8, y compris dans un contexte de prix de l’énergie élevés. Enfin, les indices des ressources naturelles ont surperformé les indices mondiaux depuis le début de l’année9, illustrant le rôle stratégique des minéraux critiques et de l’énergie dans une allocation aujourd’hui.
C’est pour ces raisons que nous pensons que nous pourrions être à l’orée d’un nouveau super-cycle des ressources naturelles. L’accélération de la décarbonation, de la transition énergétique, de l’électrification et de la digitalisation devrait constituer autant de nouveaux « drivers » de demande venant s’ajouter à ceux déjà en place dans un contexte où les tensions sont déjà perceptibles.
Chez CPR Asset Management, notre expertise approfondie sur la thématique des ressources naturelles nous permet d’identifier et de saisir ces opportunités pour nos clients. Depuis 40 ans10, nous proposons une exposition complète aux ressources naturelles, aux sociétés minières aurifères et aux matières premières avancées. Aujourd’hui, ces stratégies représentent plus de 4,5 milliards d’euros d’encours sous gestion10, illustrant notre engagement et notre savoir-faire reconnu sur ce segment.
Nous gérons activement des solutions autour des matériaux critiques et restons en alerte sur cette activité notamment par des interactions constantes avec les entreprises et les analystes du secteur. Nous recherchons en permanence à comprendre et anticiper les tendances, les enjeux géopolitiques et les innovations afin de construire des allocations les mieux adaptées.
1- Global Critical Minerals Outlook 2025, Agence Internationale de l’Énergie (IEA)
2 - CNUCED, Rapport sur le commerce mondial, 2025
3 - Commission européenne, Critical Raw Materials Act, mars 2023 https://commission.europa.eu/topics/competitiveness/
green-deal-industrial-plan/european-critical-raw-materials-act_fr
4 - World Gold Council, Gold Demand Trends Full Year 2024, janvier 2026
5 - USGS Mineral Commodity Summaries 2024
6 - Reuters, “China’s export curbs on gallium, germanium”, juillet 2023
7 - Critical Raw Materials Alliance, “Investment in EU mining”, 2023
8 - S&P Global Market Intelligence, Gold Mining Industry Q1 2025 Review, mars 2025.
9 - CPRAM au 28/04/2026 comparaison des indices S&P Global Natural Resources Vs MSCI World
10 - CPRAM au 30/04/2026, le fonds LCL ACTIONS RESSOURCES NATURELLES a été créé en 1983