Pourquoi ce coup de chaud sur les taux cet été ?
Depuis la fin juin, les taux 10 ans des pays développés ont augmenté d’une trentaine de bps. En particulier, le taux 10 ans allemand a atteint son plus haut niveau depuis 15 ans.
Publié le 20 août 2026

Ce mouvement ne s’explique pas par un seul facteur mais par une conjonction de facteurs, dont les 4 principaux sont les suivants :

1. Le choc pétrolier lié au conflit en Iran
Alors qu’un Memorandum of Understanding (MoU) avait été signé par l’Iran et les Etats-Unis le 17 juin et avait provoqué un chute des cours du pétrole, les négociations ont patiné et Donald Trump a indiqué le 8 juillet que cet accord était terminé. Le prix du baril de brent est ainsi rapidement passé d’environ 70$ à 100$ avant de revenir vers 90$ à la mi-août. Au passage, les indices agrégés de prix de matières premières sont revenus près de leur plus haut niveau historique. Cela a ravivé les craintes de pressions inflationnistes et cela a amené les marchés à anticiper un léger resserrement de la politique monétaire dans les pays développés. C’est le facteur principal derrière la hausse des taux longs cet été.

2. Le « reverse crowding out » lié à la dette IA
Le facteur le plus nouveau est l’accélération cette année des émissions obligataires des hyperscalers pour financer leurs data centers. Depuis le début de l’année, le secteur technologique est responsable d’un peu plus de la moitié de l’augmentation de la dette obligataire d’entreprises pour des maturités supérieures à 10 ans. Ce flux d’offre contribue à saturer la capacité d’absorption du marché sur les maturités longues : les investisseurs exigent désormais une prime plus élevée pour souscrire, ce qui tire les rendements vers le haut sur l’ensemble de la courbe, y compris pour la dette souveraine. C’est l’inverse du mécanisme d’éviction (crowding out) classique où les émissions de l’État évincent le secteur privé : ici, c’est l’emprunt massif des entreprises tech qui pousse les taux à la hausse pour tout le monde.

3. Le changement radical de communication de la Fed de Kevin Warsh
Confirmé président de la Fed en mai 2026, Kevin Warsh devait initialement incarner la promesse de taux plus bas voulue par Trump. Mais une fois en poste, le changement radical de communication qu’il a voulu mettre en place a probablement contribué à la hausse des taux. Ses deux premières conférences de presse ont montré qu’il préférait laisser les marchés découvrir eux-mêmes la trajectoire probable des taux, à partir des évolutions économiques, et préfère s’en tenir à une communication qui ne ferme pas d’options et qui entretient une part d’incertitude. Le renoncement à la forward guidance et la raréfaction souhaitée de la parole (qui devrait s’accentuer avec une possible disparition des conférences de presse) augmentent mécaniquement l’incertitude sur la politique de la Fed.

4. La poursuite du resserrement quantitatif (QT) de la BCE et de la BoJ
En zone euro, la BCE poursuit sa politique de QT à plein régime en remettant approximativement 500 Mds € par an de titres sur les marchés, qui viennent s’ajouter à un peu de 500 Mds € par an d’émissions nettes de titres gouvernementaux en zone euro. Au Japon, la BoJ poursuit également une politique de QT. Cette réduction simultanée des bilans de la BCE et de la BoJ amplifie la pression haussière sur les rendements mondiaux : elle joue également et indirectement sur les taux américains car la hausse des taux en zone euro et au Japon rendent moins attractifs les titres du Trésor américains.

En synthèse, quatre facteurs au moins expliquent la remontée des taux longs cet été : cours du pétrole, effet d’éviction inversé provenant des émissions tech, changement radical de communication de la Fed sous Kevin Warsh et poursuite du QT de la BCE et de la BoJ à plein régime. C’est cette combinaison, plutôt qu’un facteur isolé, qui explique le mouvement.