Le prix de l’alimentation va-t-il augmenter à cause de la guerre en Iran ?
La hausse du prix du pétrole, du gaz et des engrais provoquée par la guerre en Iran pose la question de l’évolution des prix de l’alimentation en Europe. Cela rappelle la forte augmentation de l’inflation alimentaire observée en 2022 à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Nous revenons ici sur le sujet, notamment car l’alimentation constitue un pilier de notre stratégie sur l’Autonomie Stratégique Européenne.
Publié le 13 avril 2026

Il existe un lien assez fort entre le prix du pétrole et celui des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux (souvent mesurés de façon synthétique par l’indice de la FAO1) car le pétrole est utilisé à différentes étapes de la production et de la distribution agricoles (carburant des machines agricoles, fabrication d’engrais, transport, réfrigération, packaging … ). Etant donné que la fermeture du détroit d’Ormuz bloque la circulation d’une part significative des flux mondiaux notamment de pétrole et d’engrais, on pourrait donc s’attendre à une hausse assez rapide du prix des denrées alimentaires, au moins à cause de l’augmentation des coûts de transport et de réfrigération. En revanche, la hausse du prix de certains types d’engrais ne jouera à la hausse sur le prix des denrées qu’avec retard.
Toutefois, il n’est pas évident que cela se traduise par une hausse significative et rapide des dépenses d’alimentation des ménages dans les pays développés.


Le lien entre le prix du pétrole et celui des produits alimentaires en zone euro par exemple est moins fort et moins régulier que celui entre le prix du pétrole et des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux. On trouve d’ailleurs plusieurs phases pendant lesquelles le prix du pétrole a fortement augmenté mais pas l’inflation alimentaire en zone euro (2005/2006, 2009/2010, 2017/2018). Il existe plusieurs explications à cela : les entreprises ne répercutent pas nécessairement les hausses des prix de gros dans leurs prix de vente finaux, les prix peuvent être déterminés à l’avance dans certains contrats de distribution, l’ajustement des prix de vente peut se faire avec retard, des phénomènes de substitution peuvent apparaître, les denrées alimentaires ne constituent qu’une fraction du coût de certains produits transformés, etc. En ce qui concerne les restaurants, le coût de la main d’œuvre et donc le niveau de tension sur le marché du travail jouent un rôle très important dans la formation des prix, assez indépendant du prix du pétrole.
En réalité, il est assez probable que la guerre en Iran, surtout si elle se prolonge, finisse par faire augmenter l’inflation alimentaire en zone euro mais cela devrait se faire de façon progressive et relativement limitée.
Dans ses dernières projections, la BCE n’a relevé sa prévision d’inflation alimentaire pour la fin 2026 que de 2,3% à 2,6% et de 2,4% à 2,9% pour 2027. Cependant, l’incertitude sur la plupart des mécanismes évoqués ici est élevée et les banques centrales devraient rester prudentes pendant un certain temps. Comme l’expliquait récemment les économistes de la BCE, le sujet de l’inflation alimentaire est particulièrement important pour les banques centrales car « contrairement à d’autres biens, la consommation de nourriture est une nécessité et représente un poids important dans les dépenses de consommation. […] Beaucoup de consommateurs achètent de la nourriture de façon quotidienne et remarquent rapidement même de faibles variations de prix. En conséquence, le prix de l’alimentation pèse de façon disproportionnée dans les perceptions et les anticipations d’inflation. » Le sujet de l’inflation alimentaire sera donc probablement central cette année.
1. FAO : Food and Agriculture Organization