26 janvier 2023

Défis environnementaux

Dérèglement climatique : comment gérer l’eau de manière durable ?

L’été 2022 a été l’un des plus chauds jamais enregistré1. Alors que des températures records ont été atteintes des États-Unis à l’Iran, le continent européen a connu au mois d’août une moyenne supérieure d’1,72°C à la période 1991-20202. Appelés à devenir toujours plus intenses et fréquents, ces phénomènes ont notamment des répercussions massives sur la denrée la plus précieuse pour l’homme : l’eau. Aussi, adapter la gestion de celle-ci à ce nouveau contexte constitue un enjeu clé, tant pour répondre directement aux besoins des populations que ceux de l’agriculture, qui consomme aujourd’hui près de 80 % des ressources mondiales en la matière.

Plus d’un tiers de la population de la planète a souffert d’un stress hydrique en 2022. En suivant la tendance actuelle, l’ONU prévoit que ce pourrait être le cas de la moitié des quelque 10 milliards d’humains que devrait compter la planète en 20503. Du fait de la croissance démographique et de l’urbanisation toujours croissante, la demande en eau devrait encore progresser à l’horizon 2050 de plus de 30 %. Le sujet est d’autant plus central qu’il recouvre de multiples problématiques : par exemple, d’ici 2100, ce sont les deux tiers des glaciers de l’Himalaya et de l’Hindou Kouch qui pourraient fondre, provoquant des répercussions en chaîne, notamment sur les grands fleuves d’Asie, du Gange au Mékong4.​​​​​​​

Agriculture : des changements de modèle pour répondre au défi de l’eau 

L’agriculture fait évidemment partie des secteurs les plus durement impactés par le réchauffement et le dérèglement climatique. En pratique, le secteur reste avant tout fondé sur les pluies : quatre hectares cultivés sur cinq en dépendent directement. La baisse des précipitations – tout comme d’ailleurs leur intensification – constitue des menaces majeures, susceptibles de détruire des récoltes entières.

Cette réalité a été observée avant même l’accélération du réchauffement climatique de ces dernières années. Une étude de la revue Environmental Research Letters5 a ainsi montré que la gravité des impacts des sécheresses et des canicules sur la production agricole a presque triplé en 50 ans. Alors que la baisse de production était de 2,2 % sur la période 1964-1990, elle a atteint 7,3 % sur la période 1991-2015. Les premières victimes sont logiquement les cultures qui ont le plus largement recours à l’irrigation, les céréales – et dans une moindre mesure les légumes, vignes et fruits. Pour les territoires concernés, les effets sont potentiellement dévastateurs. Dans la Corne d’Afrique (Somalie, Éthiopie, Kenya), ce sont ainsi plus de 16 millions de personnes qui se trouvent confrontées à un risque de famine. Alors qu’un sécheresse inédite touche la Californie depuis 15 ans, un autre point d’alerte concerne la « diagonale de la soif », soit la vaste zone géographique qui s’étend du détroit de Gibraltar au nord-est de la Chine, en passant par l’Afrique. Frappée par une sécheresse historique en 2022, la Chine pourrait par exemple voir ses récoltes en riz baisser de 10 % à 20 % cette année, selon l’agence financière Fitch6.

Pour autant, des leviers d’action existent. Parmi les axes prioritaires : l’action sur les rendements. L’une des clés est l’amélioration de la sélection des variétés cultivées, en se tournant vers celles capables d’éviter ou de tolérer le stress hydrique. C’est ainsi qu’en Afrique de l’Ouest, un certain nombre de cultures traditionnelles sont réapparues au cours des dernières années : fonio, mil, niébé, etc.  Suivant la même logique, en France, un nombre croissant d’agriculteurs font le choix de remplacer leurs cultures de maïs par des plantes originaires d’Afrique subsaharienne telles que le sorgho.

Face au risque de sécheresse, une autre solution consiste à jouer sur la diversité des cultures, en développant des pratiques agroécologiques7. Le principe ? Préserver la biodiversité et les ressources naturelles en combinant les savoirs et savoir-faire traditionnels à la recherche scientifique telle que l’agronomie, l’économie et la sociologie. Construire des synergies entre les plantes cultivées, les animaux et les arbres permet d’accroître la production comme de limiter l’utilisation de fertilisants et de pesticides chimiques. Par exemple, au Sénégal, l’introduction de certaines espèces légumineuses (moringa ou faidherbia alibidia) aide à fixer l’azote, améliorant la santé des sols et économies sur l’achat d’engrais azotés8.

Autre dimension : l’innovation. Senseurs pour mesurer l’humidité des sols et l’état hydrique des plantes, plateformes d’observation des plantes, techniques d’intelligence artificielle… Partout sur la planète, les outils se perfectionnent pour évaluer et déployer des approches plus performantes9.

Agglomérations : le défi de l’eau potable

Une autre problématique majeure liée directement au changement climatique concerne l’accès à l’eau des populations. L’OMS estime que chaque individu a besoin de 50 litres d’eau par jour pour répondre à ses besoins de base10. Une quantité qui est loin d’être la norme puisqu’actuellement, en 2022, on estime que 2 milliards de personnes sont exposés au stress hydrique. Alors que presque 70 % de la population mondiale sera citadine en 2050, dont 1,3 milliard d’Africains, le défi concerne d’abord l’accès des villes à l’eau. Selon l’Institut des ressources mondiales (WRI)11, 17 pays, parmi lesquelles l’Arabie Saoudite, l’Inde, l’Iran et le Pakistan, se trouvent déjà en situation de « stress hydrique extrême ». En cause : de faibles réserves d’eau douce, la mauvaise gestion de l’eau et des nappes phréatiques inutilisables en période de sécheresse. Au cours des dernières années, l’épuisement des ressources en eau a menacé des mégapoles aussi peuplées que São Paulo au Brésil ou Chennai en Inde.

Une autre problématique majeure liée directement au changement climatique concerne l’accès à l’eau des populations. L’OMS estime que chaque individu a besoin de 50 litres d’eau par jour pour répondre à ses besoins de base10. Une quantité qui est loin d’être la norme puisqu’actuellement, en 2022, on estime que 2 milliards de personnes sont exposés au stress hydrique. Alors que presque 70 % de la population mondiale sera citadine en 2050, dont 1,3 milliard d’Africains, le défi concerne d’abord l’accès des villes à l’eau. Selon l’Institut des ressources mondiales (WRI)11, 17 pays, parmi lesquelles l’Arabie Saoudite, l’Inde, l’Iran et le Pakistan, se trouvent déjà en situation de « stress hydrique extrême ». En cause : de faibles réserves d’eau douce, la mauvaise gestion de l’eau et des nappes phréatiques inutilisables en période de sécheresse. Au cours des dernières années, l’épuisement des ressources en eau a menacé des mégapoles aussi peuplées que São Paulo au Brésil ou Chennai en Inde.

L’une des situations les plus critiques a concerné Le Cap, en Afrique du Sud. Après trois années d’absence quasi complète de précipitations, les réserves en eau douce de la ville sont passées sous les 30%. En cause : le dérèglement climatique associé à une mauvaise gestion de l’eau. Les autorités de la ville ont fait le choix de présenter le risque de manière transparente : le « Jour zéro », soit la non-disponibilité de l’eau, avait de fortes probabilités de survenir un an plus tard.

    Shangaï, Mexico, Los Angeles, Manille, Jakarta, Istanbul… les grands centres urbains mondiaux sont actifs depuis plusieurs années pour mettre en œuvre des solutions pour réduire les risques de pénurie. Le Caire, par exemple, a fait le choix de miser sur la solidarité entre populations en organisant des transferts interbassins via des canaux.  Une autre solution historique consiste à améliorer la gestion des réserves en construisant des barrages : capter l’eau pour la conduire quand nécessaire à l’endroit souhaité. Si le coût – notamment écologique – de leurs constructions est particulièrement élevé, ceux-ci ont également pour avantage de produire de l’énergie décarbonée.

      Autres possibilités : miser sur l’exploitation durable de ses eaux souterraines (comme à Sao Paulo ou New York) ou encore procéder au dessalement de l’eau de mer. L’Institut français des relations internationales (Ifri) estime à 21 000 le nombre d’usines de dessalement opérationnelles dans le monde, un chiffre qui a doublé depuis 201212. C’est notamment l’option qui est privilégiée par les pays du Golfe : 90% de l’eau du Koweït et 70% de celle de l’Arabie Saoudite est issue de ce procédé. Si les capacités de dessalement devraient doubler d’ici 2030, la région est loin d’être la seule à se positionner sur cette technologie : des pays africains, nord-américains comme sud-américains lancent des projets similaires. Reste que le procédé, lui aussi, n’est pas sans inconvénient : très énergivore, il rejette de fortes quantités de gaz à effet de serre. Autre enjeu lié : la gestion des saumures, c’est-à-dire des particules de sel séparées de l’eau de mer et qui provoque une augmentation des niveaux de salinité de l’eau.

        D’un point de vue économique comme environnemental, on comprend que la solution idéale n’existe pas. C’est pourquoi, face à l’ampleur de l’enjeu, l’ensemble des experts concernés s’accordent sur un point : en matière de gestion de l’eau, le premier incontournable est celui d’une approche raisonnée de la part des gouvernants, des entreprises comme des particuliers. En parallèle de toute démarche, chaque individu doit être sensibilisé, voire formé, aux bienfaits – et au caractère indispensable – d’une consommation responsable.

          1. Source : service européen sur le changement climatique Copernicus
          2. https://www.lesechos.fr/monde/europe/climat-lete-2022-est-le-plus-chaud-jamais-enregistre-en-europe-1786691
          3. https://www.numerama.com/sciences/745366-5-milliards-dhumains-pourraient-ne-pas-avoir-un-acces-correct-a-leau-dici-2050.html
          4. https://www.nationalgeographic.fr/environnement/la-fonte-des-glaciers-himalayens-menace-des-millions-de-personnes
          5. https://www.geo.fr/environnement/triplement-des-pertes-de-recoltes-liees-aux-secheresses-en-europe-en-50-ans-204282
          6. https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/10/17/l-agriculture-chinoise-au-defi-du-rechauffement-climatique_6146074_3244.html
          7. https://www.cirad.fr/espace-presse/communiques-de-presse/2022/l-agriculture-innove-pour-faire-face-au-manque-d-eau
          8. https://theconversation.com/au-senegal-la-grande-caravane-de-lagroecologie-reprend-la-route-176575
          9. https://theconversation.com/face-a-la-secheresse-innover-pour-transformer-notre-agriculture-187324
          10. https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000367276_fre
          11 https://www.wri.org/news/release-updated-global-water-risk-atlas-reveals-top-water-stressed-countries-and-states
          12. https://www.ifri.org/fr/publications/etudes-de-lifri/geopolitique-dessalement-deau-de-mer

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