10 octobre 2023

La transition climatique s'envisage aussi dans les fonds obligataires

Vanessa Cottet

Responsable ESG

Julien Daire

Directeur des gestions Taux, Crédit et Diversifiée

Nous sommes actuellement dans un contexte favorable au marché obligataire qui a retrouvé de son attractivité suite à une remontée violente des taux d’intérêts. En parallèle, l’environnement et le Climat en
particulier, sont devenus, au fil des années, des préoccupations majeures exprimées par nos clients. La transition climatique, adressée le plus souvent au travers de stratégies actions, peut aussi être traitée
dans des fonds obligataires, une entreprise pouvant être regardée dans son ensemble, que ce soit du côté de ses actions ou de ses dettes obligataires.

Comment vous êtes-vous adaptés aux besoins de vos clients sur ces sujets environnementaux ?

Ces dernières années notre philosophie d’investissement a beaucoup évolué sur le segment obligataire, passant d’une gestion où les critères de solvabilité étaient les seuls critères de sélection des émetteurs à une gestion où l’évaluation de critères ESG, et en particulier du pilier environnement, est devenue primordiale. En effet, il y a quelques années les analystes se concentraient sur les critères de gouvernance ; la crise du Covid a entrainé une grande focalisation sur le pilier social ; et depuis quelques mois, nous constatons que le climat est devenu incontournable.

Cette évolution en profondeur de notre philosophie de gestion est le reflet de la transformation globale de notre environnement où tous les acteurs doivent évoluer pour répondre aux nouvelles préoccupations des investisseurs. Sur la thématique Climat, CPRAM a lancé dès 2018 un fonds actions internationales en partenariat avec le CDP1 . Côté obligataire, nous avons capitalisé sur cette expertise et l’avons adaptée à notre classe d’actif. Ainsi, en 2021, nous avons lancé notre fonds Climate Bonds et nous venons de créer un fonds à échéance sur cette même thématique.

Quelle est votre approche sur le climat ?

Notre approche est simple. L’idée est de financer la transition énergétique en refinancement uniquement les entreprises les plus engagées dans cette transition, et a contrario, ne plus financer celles qui ne jouent pas le jeu.

Nous avons adopté un parti pris fort qui est que la transition climatique est l’affaire de tous. En conséquence, nous adoptons une approche tous secteurs car les efforts de toutes les entreprises sont importants et notamment ceux des entreprises des secteurs à fort enjeu climatique (HICS2) que nous considérons comme clés dans la transition climatique. En effet, si les HICS représentent 33 % de l’exposition du marché du crédit, ils représentent aussi 86 % de son intensité carbone globale !

Notre approche est très différente de celle d’une stratégie 100 % green bonds. En effet, même si les obligations durables sont importantes pour tendre vers une économie bas-carbone, au travers du financement de projets verts (énergies renouvelables par exemple), elles sont par construction concentrées sur certains secteurs alors que, de notre côté, nous investissons dans l’ensemble des secteurs, dans une logique de transition globale.

Ainsi, nous utilisons ces supports dans notre gestion sans pour autant les privilégier à tout prix. Nous ne pouvons pas nous affranchir d’analyser les projets associés pour s’assurer de leur crédibilité mais surtout d’étudier la stratégie globale de l’entreprise émettrice.

Plus concrètement, que regardez-vous pour sélectionner les émetteurs obligataires ?

Côté extra-financier, nous appliquons une approche d’exclusion des mauvaises pratiques des entreprises en nous appuyant sur les ressources de notre maison mère Amundi. Nous allons analyser la note globale moyenne ESG mais également les sous-critères qui recèlent une information primordiale pour identifier les « signaux faibles ». Nous allons également regarder si l’entreprise fait l’objet de controverses sévères.

Sur la composante Climat, nous allons sélectionner tout d’abord les émetteurs qui ont les meilleures pratiques environnementales en ne retenant que les mieux notés par le CDP1 . Nous privilégions ensuite les entreprises qui se sont engagées en se définissant une trajectoire de réduction de leurs émissions carbone, sur la base des données de l’initiative Science Based Targets. Tout au long de la vie de nos stratégies, nous allons, ensuite, suivre la trajectoire de réduction des émissions tant en ligne à ligne (au niveau de l’émetteur) qu’au niveau du portefeuille pour s’assurer que nous respectons l’objectif de réduction que l’on s’est nous-même fixé.

    Quels sont vos enjeux pour les prochains mois ?

    En tant que gérant obligataire, nous avons un rôle important à jouer en accompagnant les entreprises dans leur transformation et en finançant celles qui jouent le jeu et qui s’engagent. Ce rôle est d’autant plus clef qu’il coïncide avec un retour d’intérêt marqué de nos clients pour la classe d’actif obligataire. Ainsi nous allons continuer à développer notre gamme de stratégies obligataires thématiques en répondant aux deux grands enjeux des investisseurs : le besoin de rendement et le refinancement utile face aux grands enjeux climatiques et environnementaux.

      1. CDP : ONG recueillant des données sur l’impact environnemental des entreprises, des villes et des États et les notant en conséquence dans la plus grande base de données environnementales du monde. Le CDP publie ses méthodologies sur son site pour toute transparence et aide à la compréhension https://www.cdp.net/fr

      2. HICS (High climate impact sectors) : Le règlement de l’UE sur les références à faibles émissions de carbone (EU BMR), définit les secteurs à fort impact climatique comme ceux qui sont essentiels à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. 9 secteurs sont concernés : Agriculture, sylviculture et pêche B. Mines et carrières C. Industrie manufacturière D. Production d’électricité, de gaz, de vapeur et de climatisation E. Approvisionnement en eau ; Assainissement, gestion des déchets et assainissement F. Construction G. Commerce de gros et de détail; Réparation de véhicules automobiles et de motocyclettes H. Transport et entreposage L. Activités immobilières

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