08 décembre 2023

Transition climatique

Les grands enjeux de la COP 28


Juliette Cohen

Stratégiste de CPRAM

2023, une année record selon l’organisation météorologique mondiale (OMM)

En 2023 (jusqu’en octobre), la température moyenne mondiale près de la surface a dépassé d’environ 1,40 °C (± 0,12 °C) la moyenne de 1850-1900. Les mois de juin, juillet, août, septembre et octobre ont battu les records mensuels des mois concernés. Il est pratiquement certain que 2023 sera l’année la plus chaude des 174 années de relevés d’observation, surpassant les deux précédentes années les plus chaudes : 2016 et 2020. L’OMM prévoit que le phénomène El Nino devrait aggraver encore la chaleur en 2024.
Entre avril et septembre, les températures moyennes de surface de la mer ont atteint un niveau record pour cette période de l’année

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Un premier bilan des actions mondiales entreprises face au réchauffement climatique depuis 2015

A la signature de l’Accord de Paris en 2015, les pays signataires avaient convenu que les actions qu’ils avaient entreprises jusque-là étaient insuffisantes pour atteindre l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Il était donc prévu que les États renforcent leurs plans d’action pour le climat tous les 5 ans en mettant à jour leurs contributions nationales, les NDC (Nationally Determined Contributions) et en adoptant une stratégie de long terme à horizon 2050. Une première mise à jour de ces NDC a eu lieu en 2020 et un nouveau tour est prévu d’ici 2025 avec des objectifs pour 2035.

    En septembre 2023, l’entité de l’ONU dédiée au changement climatique (UNFCCC) a publié le premier bilan mondial (Global Stocktake) depuis la COP 21 de 2015. Il s’appuie sur les contributions de 137 pays qui ont communiqué sur les actions entreprises pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris. Ce bilan dresse ainsi un état des lieux des progrès réalisés en matière de lutte contre le changement climatique, des manquements et des actions prioritaires à mener pour y remédier. Il constitue une contribution importante en amont de la COP 28 et il doit être conclu au terme de cette convention par de nouveaux engagements des États.

    Un « grand-écart sur les politiques d’atténuation »

    Sans surprise, le rapport de synthèse montre que les progrès globaux sont insuffisants pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C. Si beaucoup de pays se sont engagés à atteindre la neutralité carbone en 2050, leurs objectifs 2030 sont largement insuffisants pour y parvenir.

    • Le pic des émissions n’est pas atteint au niveau mondial

    Les émissions mondiales de GES ont atteint un plafond dans les pays développés et dans certains pays en développement, mais pas encore au niveau mondial. Le bilan qui se base sur les données scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) indique que les émissions de gaz à effet de serre doivent culminer avant 2025 au plus tard et diminuer de 43 % d’ici 2030 et de 60 % d’ici 2035 (par rapport au niveau de 2019) pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C avec une probabilité de 66 %.
     

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    • Les Engagements des États contenus dans les NDC sont très éloignés des cibles

    Les NDC actuelles se situent sur une trajectoire 2,9°C hors mesures conditionnelles et 2,5° C en tenant compte des mesures conditionnelles. L’écart par rapport aux émissions qui permettraient de limiter le réchauffement à 1,5 °C en 2030 se situerait entre 20,3 et 23,9 gigatonnes d’équivalent CO2 à comparer à des émissions mondiales de 57,4 gigatonnes d’équivalent CO2 en 2022.

    Évolution des émissions depuis 1950, estimation des émissions en 2030 sur la base des contributions nationales, et réductions d'émissions requises dans le sixième rapport d'évaluation du GIEC

    COP 28


    Pour parvenir à réduire rapidement les émissions de CO2 et de GES, le rapport indique qu’il faudra une transformation générale des économies, touchant « tous les secteurs » et dans tous les contextes. La priorité reste néanmoins le secteur énergétique, principal responsable des émissions de GES au niveau mondial. Il s’agit de jouer à la fois sur l’offre d’énergie, en développant les énergies renouvelables et en éliminant progressivement tous les combustibles fossiles, et sur la demande au travers de l’électrification des usages et de l’efficacité énergétique. L’Agence internationale de l’énergie a publié des objectifs chiffrés sur chacun de ces points qui permettraient d’atteindre l’objectif de réduction des émissions de CO2.

    Un autre enjeu important pour le secteur énergétique est la lutte contre les émissions de méthane1 dans les champs pétroliers et gaziers. Cela a conduit à la création en 2021 du Global Methane Pledge, lancé par les États-Unis et l’Europe, et qui regroupe les pays qui s’engagent à réduire de 30 % leurs émissions de méthane d’ici à 2030.

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    L’arrêt puis l’inversion du déboisement d’ici à 2030, ainsi que la restauration et la protection des écosystèmes naturels doivent également permettre d’améliorer l’absorption à grande échelle du CO2. L’agriculture, la déforestation et plus généralement les changements d’usage des sols sont responsables de 22 % des émissions de gaz à effet de serre.

    Adaptation, pertes et préjudices

    Un autre sujet important pour la COP 28 concerne l’accès au financement de l’action climatique pour les pays en développement qui doit être renforcé.

    • En 2009, les pays développés ont pris l’engagement d’atteindre 100 Mds $ par an de financements sous forme de prêts et de subventions pour aider les pays en développement dans leur action climatique. La montée en puissance de ces financements a été très graduelle et la part des prêts reste majoritaire. Selon une estimation de l’OCDE2, les pays développés ont mobilisé 89,6 Mds $ de financement en 2021.
       
    • En 2022, la COP 27 a validé le principe de la création d’un fonds pour les « Pertes et Dommages » à destination des pays en développement particulièrement vulnérables au changement climatique (46 pays) mais sans en définir les contours. Celui-ci a été rendu opérationnel au début de la COP 28 en obtenant près de 400 millions de dollars de contributions. Ces engagements constituent un amorçage car l’enjeu se chiffre en milliards de dollars.

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    • La question de la répartition des financements entre atténuation et adaptation au changement climatique est également posée. Même si l’atténuation demeure centrale, les politiques climatiques doivent accorder une part croissante aux politiques d’adaptation au réchauffement climatique, notamment dans les États qui sont les plus vulnérables. La part de l’adaptation dans le financement de l’action climatique a augmenté de 20 % en 2017-2018 à 28 % en 2019-2020 mais reste insuffisante.

    L’ONU estime que l’adaptation dans les pays en développement nécessitera des financements croissants : 300 Mds $ par an d’ici 2030 puis 500 Mds $ par an d’ici 2050.

    Outre les engagements financiers qui sont pour l’instant insuffisants par rapport aux enjeux, le bilan mondial plaide pour une « planification de l’adaptation au changement climatique » et pour une approche globale plutôt que des mesures sectorielles et fragmentées moins efficaces.

    Au vu du premier bilan mondial de l’action climatique, les progrès à réaliser dans les prochaines années s’avèrent considérables pour conserver l’objectif de l’accord de Paris. Cela implique des changements profonds dans tous les secteurs de l’économie et en premier lieu dans le secteur énergétique. Les engagements sur la lutte contre les émissions de méthane, sur la sortie du charbon et plus globalement des énergies fossiles seront clés pour juger du succès de cette nouvelle COP. Le rehaussement des engagements financiers est également indispensable pour mettre en oeuvre les décisions prises.
     

      1. Le méthane a un effet de réchauffement 86 fois plus fort que le CO2 sur plus de 20 ans.
      2. Financement climatique fourni et mobilisé par les pays développés en 2013-2021, OCDE novembre 2023.

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